Dominique Buttaud Danse Actuelle - danse contemporaine à Lyon

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Danse contemporaine à Lyon

Actes du colloque "repenser pratique et théorie"
Colloque international organisé par la
"Society of Dance History Scholars"
en partenariat avec CORD et le Centre National de la Danse

Paris, 21 au 24 juin 2007



Le mobile – squelette et le corps alien
Dominique Buttaud – Alain Josserand

Le corps est fait pour bouger. Certes ! Mais il semble produire en même temps une entrave au développement de son propre mouvement, comme en témoignent l’apparition de raideurs, rétractions, douleurs, blessures, chez tout un chacun, chez les sportifs les mieux entraînés et les danseurs les mieux formés. A tel point que peut naître une addiction au travail physique, dont le but serait de guérir ces inconvénients, et l’avatar de les aggraver.

Il existe pour moi un bougé naturel du corps et un bloqué culturel à tendance douloureuse et addictive. Du côté du bloqué culturel, des forces agies contre le bougé, que je qualifierai de “ diablotin ”. Du côté du bougé naturel et avant même l’action locomotrice dans l’espace environnant, une “ mobilité interne ” du corps que je dévoile et postule comme “ source ” de tout mouvement harmonieux, c’est-à-dire ne générant ni rigidité, ni tension, ni douleur, ni addiction.

C’est Geneviève Mallarmé qui m’a ouvert l’accès à un “ interne du corps ” à partir duquel j’ai pu développer ma propre recherche. Alain Josserand, compagnon de route, m’a imposé deux exigences. La première est celle de la verbalisation anticipatrice, dans les termes les plus précis possibles, de toute proposition d’action. Le mot remplace donc le montré, et la représentation du projet remplace l’imitation. La nécessité de se “ représenter ” un intérieur du corps naturellement invisible m’a contrainte à inventer la représentation du squelette (au sens de l’invention d’un trésor).Vue dans sa globalité, la représentation du squelette est celle d’un mobile autoporteur, auto ajustable et auto équilibré. Ces trois fonctions “ auto ” sont caractéristiques du “ mobile – squelette ”. Elles sont directement liées à ma lecture du squelette, donc à la représentation du mobile – squelette dans sa globalité, que l’auditeur institue dans son appareil de pensée. Entre mon “ dit ” du squelette et son “ entendu ” par l’élève, à l’origine de la représentation, les “ fonctions auto ” génèrent “ la mobilité interne ” de la représentation, dont la réalisation dans le corps transite par le “ défaire ” et les réajustements qui en résultent. Je commence en effet chacune de mes séances par un temps collectif face au squelette, dont je fais une lecture orientée par la préoccupation du jour. Le vu (perception) du squelette par l’élève est immédiatement lié à un entendu (langage) qui en assure la représentation : il ne peut pas y avoir de représentation sans le porté de la perception par les mots du langage ; porté, transporté, interprété et stocké (i.e mémorisé). Cette lecture, je la reprends individuellement avec chaque élève en situation de travail. Celui-ci ne dispose plus alors de la vision du squelette (hors champ de sa perception) mais uniquement de sa représentation mentale. Ces mots de ma lecture, je les associe à des touchers de certaines zones spécifiques de tensions, touchers qui accroissent l’efficience de la représentation.

Cette activité, qui relance, nourrit et entretient la pensée du corps rassure car elle révèle une cohérence interne, cognitive, et affranchit de simples systèmes de croyance ou de dépendance  “ à un autre ” en voie d’idéalisation, symptôme de non travail mental. Il en résulte un éprouvé de soulagement et d’augmentation de la confiance en soi.
La deuxième exigence d’Alain Josserand fut, plutôt que de les rejeter, de prendre en compte les pensées que je qualifiais de “ folles ” qui me venaient lorsque je faisais travailler certains élèves. Leur mise en mots institua le “ diablotin ”.
C’est en sommes un renversement épistémologique que j’opère en considérant que le mouvement naît de la représentation du mobile squelette, étai de la mobilité interne à travers ses réajustements, et non de l’action musculaire directe. La représentation du mobile – squelette joue donc le rôle de “ commande ” de la mobilité.
S’affrontent alors, en un inconscient des représentations du corps, les logiques du mobile- squelette et celles du diablotin. Soit, côté squelette, les processus “ auto ” qui découlent de la représentation; et côté “ diablotin ”, des actions musculaires via les représentations d’un corps “ alien ”, obéissant à des logiques étrangères à celles du corps. Les pensées folles, constitutives du diablotin, ont pu émerger dans ma pensée dès l’instant où j’ai pu disposer d’un référentiel permettant de représenter l’invisible de l’interne du corps. Référentiel constitué par les repères donnés et ordonnés que constitue le mobile – squelette. Le diablotin en sommes fournit à l’appareil de la pensée des informations fausses, véhiculées par certaines “ sensations ”.

Les logiques du corps que je propose ne prennent sens qu’à partir d’une deuxième invention, un second renversement épistémologique que j’ai appelé “ la logique du sol porteur ”. Je refuse d’utiliser les notions d’appuis et de centre de gravité que génèrent les lois de la pesanteur pour favoriser l’observation de la résultante de ces forces liées à la pesanteur. Le sol est porteur, il exerce une force porteuse indissociable des fonctions d’auto ajustement et d’auto équilibration. La défaillance de ces fonctions auto, qui sont liées à l’activité idéoverbale, sont cause de chutes, particulièrement fréquentes chez le grand vieillard où la défaillance des fonctions cognitives assure le triomphe de la gravité sur la force du sol porteur qui n’est plus relayée par le mobile – squelette. La bipédie est le fruit de l’alliance entre la force du sol porteur et les fonctions auto, supportées par l’activité idéoverbale de la pensée.
Je considère que la bipédie, et le redressement qui y conduit, est permise et gérée par un “ os – clé ” : le sacrum. Le sacrum est un “ centre de distribution ” : il distribue deux fonctions essentielles du squelette : d’une part, le porté de la tête, par l’intermédiaire de la colonne vertébrale, et d’autre part la bipédie par l’intermédiaire des os iliaques. Ces derniers ont un rôle de mise en suspens du membre inférieur, ainsi rendu disponible à la bipédie, qui n’attend plus que la commande pour se réaliser.
En résumé, la représentation idéelle du mobile –squelette, d’origine fondamentalement acoustico – verbale, gère :
Le conflit avec le corps alien dont l’émergence physique est le diablotin.
Le relais de la force du sol porteur grâce à sa fonction autoporteuse.
La mobilité interne du corps grâce à ses fonctions d’auto-ajustement et d’auto-équilibre.
La bipédie, via le sacrum distributeur.

A présent, je vous propose un parcours de découverte et d’expérimentation de mes conceptions, et tout d’abord ce petit jeu : voulez-vous m’indiquer où est articulé le membre supérieur, et sa ceinture scapulaire, au reste du squelette ?… Je compte six réponses différentes… pour une seule articulation. Le diablotin vous joue ses tours de malice, en faussant votre représentation. Consultons notre juge – arbitre, le squelette qui nous dit “ l’articulation du membre supérieur et sa ceinture scapulaire au reste du squelette est celle de la clavicule sur le sternum ”. Vous comprenez la pertinence et l’importance de la lecture du squelette, qui associe d’emblée un voir à son expression verbale, un perçu aux mots pour le dire. En fait, c’est plusieurs lectures du squelette que je suis en mesure de proposer, en fonction du référentiel retenu. Il va de soi que toutes ces lectures sont conciliables, puisque référant à la représentation globale du mobile – squelette.
Par exemple, la lecture en fonction de la force du sol porteur, qui s’exerce du bas vers le haut, c’est-à-dire du sol porteur [la semelle du pied] vers le porté de la tête définit ce que j’appelle “ l’ordonnancement ” du squelette. Il s’agit d’un invariant : quelle que soit la forme prise par le corps, la structure de travail, l’ordre de succession des os et de leurs articulations est invariable, ainsi que le sens de lecture, du bas vers le haut. Déjà, je vois vos corps changer de comportement : ils se libèrent de cette curieuse idée “ d’enfoncement dans le sol ” et se montrent disponibles au redressement du corps et à la bipédie
Je vous propose d’introduire une variante de cette lecture en fonction du sol porteur : la variable d’ajustement est la position du corps sur le sol. Dans le cas précédent, le corps était debout sur le sol. Je propose à ceux qui travaillent de s’allonger sur le dos (la moitié qui fait travailler suivra mes indications). Dans cette position couchée, le sol, est porteur sur une surface plus grande, ce qui nous délivre de notre peur de tomber souvent exacerbée dans les moments du défaire musculaire, créant alors une retenue au défaire. Le sens de la force du sol porteur indique une lecture de l’arrière vers l’avant. Ce sens de l’arrière vers l’avant est ce que j’appelle “ l’orientation ” du squelette. Voyons en la pertinence. Je demande à ceux qui font travailler de soulever les pieds de leur partenaire d’une quinzaine de centimètres : Pourquoi ? Si vous regardez le squelette, vous constatez que le membre inférieur est à une quinzaine de centimètres plus en avant que le plus en arrière du sacrum ; ce qui signifie que, sans l’articulation du fémur à l’os iliaque, nous ne pourrions pas poser les membres inférieurs au sol lorsque nous sommes couchés. Le membre inférieur, très en avant, ne sera jamais un prolongement latéral de la colonne vertébrale: il est déporté vers l’avant par l’os iliaque. La représentation du squelette est orientée de l’arrière vers l’avant.
Je vous propose à présent de reprendre notre petit jeu : voulez-vous m’indiquer sur votre corps où se trouve la tête du fémur ? Surprise, surprise ! encore quelques tours de malice du diablotin, qui vous inspire autant de réponses différentes sur la foi des fausses informations fournies par le corps alien !. Je vais donc toucher vos têtes de fémur. Je constate que votre surprise ne fait que croître ! Et confirme l’absolue nécessité de la représentation du mobile – squelette, qui garantit une mobilité interne vivante et sécurisante.
J’ajouterai à présent à cette lecture en orientation une lecture en ordonnancement. Je touche le tibia au niveau de l’articulation du pied (bas) puis du haut de la diaphyse (haut). Grâce à ces deux repères, vous pouvez voir dans votre représentation, l’ensemble du tibia dans la jambe et plus particulièrement la diaphyse que je viens de localiser et sa longueur. Comme vous le constatez un relâchement musculaire survient aussitôt, et il se crée une différence observable entre la jambe concernée et l’autre. Différence entre la jambe qui se défait des actions musculaires qui entravent sa mobilité (constitutives du diablotin, agi par les représentations du corps alien) et la jambe telle que le diablotin la met en forme. Vous aviez l’impression de ne rien faire, et pourtant vous constatez une différence entre les deux jambes.
Je dois tout de même vous dire que tout n’est pas toujours aussi facile et d’apparence aisée. Ce travail réclame en effet de l’élève une très grande concentration et une importante activité mentale, qui utilise ce que Alain Josserand a appelé une “ violence appropriative et identificatoire ” dont la fonction est de déconstruire puis reconstruire ce qu’il a entendu. Une très grande bienveillance du Professeur, et sa continuité dans l’accompagnement de ce processus sont nécessaires à sa réussite.
Dès lors, la représentation du mobile – squelette, suffisamment établie, permet le laisser faire et le défaire qui s’en suit, et nourrit la mobilité interne du corps. Elle rend obsolète les schémas de correction et de placement. Autoporté, auto ajusté, auto équilibré, la représentation du mobile – squelette détoxique, désaliène la représentation du corps alien, invalide le diablotin, libère la chair et régénère le mouvement interne.
La médecine s’éloigne, la danse s’impose.

Copyright 2007, Dominique Buttaud – Alain Josserand


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